Oscar Jegou, le troisième ligne du XV de France testé positif à la cocaïne en 2023. Ou encore Georges Tilsley, le trois quart centre du SA XV jugé devant le tribunal d’Auch pour des violences sur son ex, là encore sur fond d’alcoolisation massive. Régulièrement, les athlètes de haut niveau défraient la chronique.
Accros à la dopamine
Sport et addiction, un cocktail vieux comme le monde de Marc Cécillon à Marco Pantani en passant par Diego Maradona. Ce sera le thème d’une conférence organisée ce mercredi à 18h30 au Crédit Agricole de Soyaux par le SA XV qui a décidé de prendre ce problème à bras-le-corps. Pour en parler : l’ancien rugbyman Raphael Poulain, le directeur technique national Olivier Lièvremont et l’addictologue Philippe Batel. Outre ce temps d’échanges, le club a mis en place des ateliers pour ses catégories U 16 et U 18, animés par des soignants de l’association Agora, qui dépend du centre hospitalier Camille-Claudel.
« Cela fait partie du cahier des charges d’un centre de formation », précise Fabrice Landreau, le directeur du rugby. « Il s’agit de les informer, être proche d’eux pour déceler quelque chose. » Des séances d’une heure trente d’échanges sur les pratiques, de sensibilisation, que la cadre d’Agora Stéphanie Comte espère dupliquer dans d’autres clubs charentais.
« C’est bien, cela nous permet de prendre conscience qu’on est aussi en danger que les autres, c’est un sujet dont on ne parle pas à l’école », indique Louis Julien, demi de mêlée des U18. « Même si ici, assure son trois-quarts centre Arthur Lorre, on fait attention, il n’y a pas trop de troisième mi-temps. Les gars qui viennent au SA XV veulent jouer en pro. » Lors de ces rencontres, ils ont écouté un infirmier et un ancien dépendant à l’alcool les sensibiliser. « Ce n’est pas un truc à skipper (à zapper) pas forcément en tant que sportif, mais en tant que personne », ajoute Paul Peronneaud.
« Chimiquement, il se passe plus de choses dans leur cerveau. »
Cela ne va pas de soi mais les sportifs sont « un public plus à risque que la population générale », indique David Boudeau, infirmier à Agora. « On est dans un monde privilégié, dans une bulle, assez isolée du matin au soir », développe Fabrice Landreau. « Chimiquement, il se passe plus de choses dans leur cerveau », ajoute David Boudeau. Selon l’addictologue Philippe Batel, la génétique des sportifs serait plus vulnérable aux addictions.
S’ajoutent le stress, la pression de la réussite, la déception d’une non-titularisation, la joie d’une belle victoire. Avec des sujets « accros à la dopamine, à l’adrénaline », indique le médiateur d’Agora Jordan Morize. « Quand il n’y a plus tout ça à cause d’une blessure, la frustration peut entraîner des phénomènes de compensations, avec le recours à des substances psychoactives. »
Philippe Batel ne dit pas autre chose : « On travaille avec le SA XV et ils ont conscience de ça. Ils se rendent compte qu’ils créent des attentes, des espoirs, des déceptions. » Avec des jeunes « en situation vulnérable qui peuvent développer des addictions. Il faut alors travailler sur l’estime de soi, très abîmée. »
La tentation de boire pour s’intégrer
Pour ces jeunes joueurs, il y a aussi la volonté « de vivre une expérience doublement intense », chez des individus qui ont « une appétence pour les sensations fortes. »
Cela passe notamment par la consommation de cocaïne, que l’on retrouve de plus en plus dans les troisièmes mi-temps, comme dans le reste de la société. Une prise après le match n’est en effet pas décelable une semaine après en cas de contrôle antidopage. Plusieurs décisions de l’AFLD (Agence française de lutte antidopage) témoignent toutefois de cette consommation de cocaïne et / ou de cannabis chez les sportifs.
Ces consommations font partie « d’un phénomène d’appartenance pour intégrer un groupe », estiment les professionnels d’Agora. Il y a par exemple les paris sportifs mais aussi la fameuse troisième mi-temps. Parfois indispensable pour s’intégrer. C’est par exemple le cas pour les joueurs du Pacifique, les Fidjiens, par exemple, déracinés : « Picoler comme les autres, pour eux, c’est un facteur d’assimilation », dit Philippe Batel. « On est très vigilant là-dessus », confirme Fabrice Landreau à propos de ces joueurs.
