Il existe deux types d’addiction : des addictions liées à des substances (tabac, alcool, médicaments, drogues…) mais aussi des dépendances sans addiction, aussi appelées addictions comportementales (dépendance au travail, aux jeux, au shopping, aux écrans, au sexe, au téléphone, au sport…).
Définition : qu’est-ce qu’une addiction sans substances ?
« L’addiction sans substances est la dépendance à des pratiques comportementales qui n’impliquent pas la consommation de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis, etc.) », explique l’Association Addictions France (source 1). Elle se définit par « la difficulté voire l’impossibilité de contrôler un comportement malgré ses conséquences. Les causes sont multifactorielles : génétiques, sociales, environnementales, troubles psychiatriques, etc. ».
Les addictions sans substance englobent :
- les jeux de hasard et d’argent (JAH) ;
- les jeux vidéo ;
- les écrans, internet ;
- les addictions alimentaires ;
- les addictions au sexe…
« Les addictions aux jeux de hasard et d’argent et aux jeux vidéo sont les seuls troubles comportementaux reconnus dans la classification internationale des addictions. D’autres types d’addictions comportementales font actuellement l’objet de recherches telle que l’addiction aux écrans », précise l’Association.
La définition de la dépendance dans le DSM V
Le diagnostic de la dépendance repose sur des critères bien définis, fixés par des instances internationales de santé mentale et répertoriés dans un manuel, le Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders (DSM), dont la 5e édition date de 2013, explique la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) (source 2). Dans cette dernière version, la dépendance ou addiction est définie « comme une tolérance accrue, une consommation compulsive, une perte de contrôle et un usage continu malgré des problèmes physiques et psychologiques causés ou exacerbés par la substance ».
Addictions comportementales : s’agit-il vraiment d’addictions ?
Quand l’individu est aliéné par une dépendance à une connexion Internet, à l’orgasme, au jeu ou aux achats compulsifs, au point que ce phénomène parasite sa vie affective, sociale, professionnelle, alors addiction il y a, au moins dans ses conséquences.
Le temps consacré à l’activité en question est aussi un élément de mesure de cette dépendance. De fait, on retrouve dans les addictions sans substance (ou toxicomanie sans drogue) bien des points communs avec l’alcoolisme, le tabagisme ou la cocaïnomanie : un effet de manque en cas de sevrage avec troubles de l’humeur et forte anxiété. Il n’est pas rare non plus que ces addictions viennent en substitution à d’autres dépendances, l’alcool ou l’héroïne, voire qu’elles les accompagnent.
Les addictions sans substances encore mal cernées par la médecine
Il reste que ces addictions sans drogue sont encore mal cernées d’un point de vue médical et peu évaluées au niveau social. Cela dit, des propositions de traitements, des groupes de parole sont apparus en France ces dernières années (les pays anglo-saxons ont une certaine avance dans la reconnaissance et la prise en charge de ces troubles).
Pourquoi l’addiction au jeu est une addiction sans substance ?
Parmi les addictions sans substance, seul le jeu pathologique (jeux de hasard et d’argent) est cliniquement reconnu comme une dépendance comportementale dans les classifications diagnostiques internationales, rappelle le site de la MILDECA. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFTD), on estime à environ 200 000 le nombre de joueurs excessifs en France.
Contrairement à ce que l’on croit, le jeu compulsif ou jeu pathologique ne se mesure pas aux sommes d’argent dépensées, mais plutôt à leur dimension excessive par rapport aux moyens financiers du joueur. Par exemple, pour une personne avec peu de moyens, 10 euros par jour. Une dépense que le joueur ne peut freiner, même quand il ne peut plus, par ailleurs, faire face aux besoins de la vie quotidienne. La pulsion de jouer emporte tout et la volonté du joueur, pourtant conscient des effets dévastateurs de son addiction, ne lui permet pas de lutter contre le « craving » ou désir ardent de jouer.
Même s’il ne repose sur aucune consommation de produits, le jeu compulsif a aussi des effets physiologiques. Au niveau cérébral, la satisfaction de la pulsion de jeu déclenche la production d’endorphine et de dopamine, tout comme la cocaïne, drogue neurostimulante. On a constaté d’ailleurs que les zones du cerveau qui s’activent sous l’effet de la cocaïne sont les mêmes que celles qui sont impliquées dans le jeu compulsif.
La cyberdépendance et l’addiction aux jeux vidéo en hausse
Selon le site Addict’Aide – Village des Addicitons (source 3), « 28 % des Français, soit 14,5 millions d’adultes, présentent une pratique à risque de cyberdépendance. 40 % déclarent que leurs activités en ligne ont des effets négatifs sur leur vie personnelle et 24 % sur leur vie professionnelle ». C’est sans compter les 7,3 millions de Français passent beaucoup de temps sur leur téléphone, au point qu’il arrive « souvent » à 14 % d’entre eux de ne pas parvenir à s’arrêter – signe d’une certaine perte de contrôle.
Il est possible de parler de cyberdépendance :
- Lorsque l’idée de la prochaine connexion à Internet devient obsédante ;
- Lorsque le besoin d’être « en ligne » occupe plusieurs heures de suite chaque jour ;
- Lorsque l’entourage se plaint d’être délaissé ;
- Lorsque la vie scolaire ou professionnelle en pâtit et que l’individu ne peut pas renoncer à se connecter.
Le même raisonnement vaut pour l’addiction aux jeux vidéo.
Le contenu de la navigation Internet importe peu. Chez certains, il s’agit d’une dépendance aux jeux en ligne, chez d’autres aux chats et forums, ou au shopping. On mettra éventuellement à part la cyberdépendance sexuelle comme une forme de l’addiction au sexe. La cyberdépendance est parfois remise en cause comme addiction à part entière, car elle est souvent associée à d’autres troubles (névroses, obsessions…) dont elle serait alors ou le symptôme ou l’exutoire.
Sex addict ou l’obsession de l’orgasme, une autre addiction sans drogue
L’évocation de tel ou tel acteur hollywoodien qui entre en clinique pour une cure de désintoxication sexuelle fait parfois sourire. Et pourtant, il est vrai qu’il y a des gens « qui ne pensent qu’à cela », revues érotiques et films pornos à tout-va, forums de rencontres, multiplication des aventures sexuelles, masturbation compulsive…
On peut effectivement parler d’addiction au sexe :
- Quand tout est mis en œuvre pour parvenir à l’orgasme plusieurs fois par jour (de l’ordre de 10 à 15 orgasmes quotidiens, voire plus) ;
- Quand l’individu organise sa vie autour de cette pensée obsédante ;
- Quand cette dépendance a des conséquences sur sa vie affective et sociale.
On note souvent chez ces personnes la présence d’un trouble anxieux. La prise d’anxiolytiques et/ou d’antidépresseurs permet de calmer ce besoin obsédant de parvenir à l’orgasme.
Addictions sans substances : comment se soigner ?
« Les addictions sans substance ne sont aujourd’hui plus considérées comme une simple difficulté passagère et chacun reconnaît que les personnes souffrant de ces pertes de contrôle doivent être soutenues pour s’inscrire dans une véritable démarche de soins », explique le site de la Fédération Addictions (source 4).
Au niveau thérapeutique, il convient de signaler l’intérêt des thérapies cognitives et comportementales (TCC). Elles permettent à l’individu de repérer ses schémas de pensée d’addictif et d’y mettre un terme au niveau comportemental.
Addictions aux jeux : mieux réglementer le secteur
Afin de réduire les risques d’addiction aux jeux, la Fédération milite pour un meilleur encadrement du secteur des jeu d’argent. Parmi les mesures proposées : interdire aux sportifs et commentateurs sportifs d’utiliser leur image pour promouvoir les paris sportifs, redéfinir les règles de sponsoring, limiter les publicités autour des matchs, appliquer réellement l’interdiction de jeu aux mineurs, vérifier la sincérité des publicités faisant miroiter des gains importants…
Conduite ou comportement addictifs : où trouver de l’aide ?
- Drogues Alcool Info Service est le service national d’information et de prévention sur les drogues et les dépendances ;
- L’Association Addictions France accompagne les personnes en difficulté avec des addictions et leur entourage ;
- L’Association Familles de France propose un soutien téléphonique, le mercredi après-midi, au 08 00 00 65 18 (numéro vert gratuit) ;
- La Fédération Addiction est un réseau d’associations et de professionnels de l’addictologie. Son ambition : lutter contre la stigmatisation des personnes concernées par les addictions et construire avec elles des réponses adaptées à leurs besoins ;
- Les Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie, ou CSAPA, permettent de faire le point avec un professionnel sur les difficultés rencontrées et proposent un accompagnement vers l’arrêt, la consommation modérée de drogues ou vers un traitement de substitution (pour les personnes dépendantes aux opiacés). « Depuis fin 2012, des binômes psychosociaux spécialisés dans les jeux d’argent et de hasard ont été désignés dans une soixantaine de CSAPA », explique la Fédération Addictions ;
- Les CJC (consultations jeunes consommateurs) s’adressent aux personnes mineures ou jeunes majeurs présentant des difficultés en lien avec un comportement avec ou sans substance.
Un numéro d’écoute pour les addictions
Constitué d’une équipe formée à l’écoute et aux problématiques liées aux consommations de substances et aux addictions, Drogues info service vous accueille avec bienveillance et sans jugement par téléphone 7j/7 de 8h à 2h, au numéro anonyme et gratuit 0 800 23 13 13.
